Élections à l’UA : Idriss Deby en courroux, Obiang Nguéma isolé, le Sénégalais en ballotage, la Kényane favorite

Ce lundi soir, le visage du nouveau président de la Commission de l’Union africaine sera connu à Addis-Abeba où s’ouvre la conférence des chefs d’Etat. Il sera élu en remplacement de Nkosazana Dlamini-Zuma, la sortante, avec pour principaux défis de lancer les grandes réformes d’ici l’horizon 2063.

 

Les tractations prennent de nouvelles tournures depuis que le Kenya s’est dit « prêt à soutenir le Ghana pour le poste de vice-président » si la Cedeao s’aligne derrière sa candidate. Ce qui réduit les chances du Sénégalais, qui passera juste le premier tour et qui éloigne de l’Afrique occidentale le rêve de prendre la tête de l’organisation continentale. Parce que le Ghana a lancé sa campagne puisque si le Sénégalais remporte, aucun autre ressortissant de la sous-région ne peut prétendre au poste de vice-président si convoité par Accra. Mais encore faudrait-il qu’il ait le soutien de toute l’Afrique de l’ouest.

 

Réformes et financement

Une retraite a été organisée dimanche, en marge de la conférence des Chefs d’Etats et de gouvernement (qui débute officiellement ce 30 janvier), autour des grands sujets de réformes sous la houlette de Paul Kagamé. Après avoir reçu en dîner ses pairs à Sheraton Hôtel en plein cœur de Addis Abeba le samedi soir pour le lobbying autour de son document de propositions, le président Rwandais leur a longuement exposé le contenu des réformes. Elles visent à moderniser une institution qui est trop longtemps restée sous le contrôle de chefs d’Etat dont beaucoup sont mal élus. Elles devraient conférer au parlement panafricain de nouveaux pouvoirs et tourner l’institution vers ses citoyens. Un autre sujet qui tint à cœur à Kagamé, c’est le passeport unique dont les premiers spécimens ont été délivrés aux chefs d’Etat et aux ministres des Affaires étrangères. Il sera étendu aux diplomates et fonctionnaires internationaux d’ici 2020 avant que les citoyens n’aient accès plus tard. La réforme de l’institution passe aussi par son financement et un plan à cet effet a été mis en place et sera adopté par les dirigeants africains dans la foulée de la clôture, mardi. Il mettra en place des taxes aussi bien sur les entreprises que sur les transactions. Les billets d’avion pourraient aussi être concernés. Avec le plan de modernisation d’ici 2063, l’Union africaine sera plus que jamais tournée vers les populations et intensifiera ses efforts dans les domaines économiques et sécuritaires. Ce qui aura un impact sur la consolidation de la démocratie et de l’Etat de droit. Ledit plan préparera l’organisation à mieux affronter le terrorisme qui n’épargne aucun de ses Etats membres.

 

La Kenyane bien partie

Le président équato-guinéen est de plus en plus isolé. La candidature du Tchad fragilise les chances de Mba Mokuy, ministre des affaires étrangères de Téodoro Obiang Nguéma. Les chefs d’Etat ne veulent pas non plus remplacer la sud-africaine par un autre ressortissant de l’Afrique australe, «ce qui réduit toutes les chances de la Botswanaise Pelonomi Venson-Moitoi » remarque un diplomate béninois à Addis Abeba. La Kenyane Amina Mohamed Jibril et le Sénégalais Abdoulaye Bathily font d’emblée office de favoris. Avec le Tchadien Moussa Faki Mahamat pour lequel Idriss Deby retourne ciel et terre et qui a le soutien majoritaire de la Cemac. D’ailleurs, lors du  huis-clos tenu  hier dimanche, le président Guinéen  qui a fustigé « le comportement peu responsable de ses pairs en dénonçant l’absence de grand nombre d’entre eux » n’a pas ménagé non plus « ceux qui viennent faire acte de présence et disparaissent après » et a annoncé qu’il soutiendra le Tchad qui l’aide plus que n’importe quel autre pays à Conakry, sous le regard approbateur de Deby qui s’estime « trompé par certains de ses homologues de l’Afrique centrale ». Puisque le dernier sera éliminé à chaque tour de vote, le trio Kenya-Sénégal-Tchad mènera la danse finale. Sauf qu’au niveau de la Cedeao, c’est la grande pagaille. La Guinée Conakry soutient le Tchadien, le Togo la Kényane. Le Ghana s’aligne derrière le Kenya pour avoir le poste de vice-président. Si les tendances persistent, le patron de l’UA sera une femme, comme sa prédécesseur et de l’Afrique de l’Est. Mais avec les présidents africains, tout est possible, « attendons de gagner et on saura » a lancé le président Kényan au bloc qui soutient sa ministre des affaires étrangères. L’élection aura lieu en fin de journée, ce lundi et promet d’être houleuse.

 

MAX-SAVI Carmel, Envoyé spécial à Addis Abéba, Ethiopie


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