Togo : L’ambitieuse diplomatie qui sort la tête de l’ea

A la tête du ministère des affaires étrangères depuis quelques années, Robert Dussey  multiplie les rendez-vous internationaux pour ouvrir sur le monde une diplomatie qui peinait à s’imposer. Après le sommet sur la sécurité maritime, celui de l’Afrique et d’Israël pointe le nez alors qu’un ambitieux programme de modernisation se met progressivement en place. Discret et prudent à l’image du chef de l’Etat, c’est dans l’ombre de Faure qu’il redynamise la plus grande vitrine extérieure du Togo. Décryptage !

 

ROBERT DUSSEY

 

Fin janvier 2017.  Addis-Abeba. En attendant l’arrivée du chef de l’Etat, le ministre togolais des affaires étrangères prend ses quartiers à Shératon Hôtel. Il participe aux rencontres ministérielles continentales qui impliquent son ministère, échange avec ses homologues africains et travaille sur les grands dossiers du sommet. « Avec l’élection du président de la Commission, les dossiers chauds de l’heure en Afrique, le débat sur les grandes réformes d’ici l’horizon 2063, je pense que ce sommet est stratégique » reconnait-il avant de constater, « mais la volonté collective des chefs d’Etat est un gage de succès ». Quelques jours plus tôt, il était en Israël pour préparer le sommet Afrique-Israël qui est son projet défi. Après avoir obtenu la ratification de la Charte de Lomé qui a sanctionné le sommet sur la sécurité maritime, il devrait se concentrer sur le rendez-vous israélien de Lomé qui mobilise plus que jamais la diplomatie togolaise.

 

Afrique-Israël : d’un sommet à l’autre

 

Sommet de l’Union africaine sur la sécurité maritime en octobre dernier, celui Israël-Afrique en octobre prochain, l’agenda peut paraître surchargé pour un petit pays de l’Afrique occidentale. « Mais nous ne pouvons pas louper les opportunités… » lance Robert Dussey qui revient d’un long entretien, 45mn avec le Premier ministre israélien. Une visite qui fait suite à celle du président togolais en août dernier. L’ancien religieux et Benjamin Netanyahou se connaissent bien, le premier ayant un « un profond respect » pour les Juifs et le second faisant désormais de l’Afrique une priorité. « Puisqu’il y avait déjà des sommets qui rassemblent la Chine et l’Afrique, le Japon et l’Afrique, la France et l’Afrique, les Etats-Unis et l’Afrique, Israël a raison de vouloir renforcer sa présence sur le continent » confie Dussey pour qui, « ce sommet est une chance pour tous, aussi bien pour l’Afrique que pour l’Etat hébreux« . Depuis, profitant de son séjour éthiopien, il y travaille avec ses homologues et entend aller débaucher des pays arabes réticents. « Je ferai ce que je peux dans ce sens, Tel Aviv aussi » confie Dussey qui insiste sur les potentialités économiques et militaires inestimables d’Israël. « L’agriculture étant l’avenir de l’Afrique, Israël nous apportera beaucoup, autant que dans le domaine de la sécurité » et pour lui, la menace terroriste nous pousse vers l’Etat hébreux qui  » a su mieux que n’importe quel autre pays du monde affronter le terrorisme ». Le ministre togolais annonce la présence, « presque certaine » de 20 à 25 chefs d’Etats africains au sommet qui aura lieu du 16 au 20 octobre prochain. Pour ce faire, il devra compter sur son immense réseau et ses contacts accumulés par ses engagements académiques (il fut professeur d’université) et son influence au sein de la Communauté catholique Sant’ Egidio. Mais il a un autre argument pour attirer le plus grand nombre d’Etats africains, « c’est le premier rendez-vous entre le continent et Israël », une manière de pouvoir contourner l’Union africaine avec qui, compte tenu de la forte sympathie pour Palestine en son sein, Israël n’entretient pas de relation diplomatique. A Addis-Abeba, il traine dans ses valises déjà des fascicules et autres documents sur le sommet, qu’il distribue dans ses rencontres. C’est le lobbying de proximité. La conférence portera sur les thèmes de la sécurité, de la lutte contre le terrorisme.  Les questions relatives au partenariat dans les domaines de l’agriculture, de l’énergie, de l’eau, de la santé seront aussi à l’ordre du jour. Mais le ministre togolais tient à l’autre thème, « l’utilisation des nouvelles technologies comme levier de développement ».

 

Une diplomatie plus active

 

Septembre 2013, le philosophe et écrivain qui fut longtemps conseiller aux affaires diplomatiques entre au gouvernement. Et bien naturellement, au ministère des affaires étrangères. Dans la foulée, la coopération avec l’Allemagne pour laquelle il travaillait depuis, dans l’ombre, reprend ses souffles. Il aura été l’artisan le plus ardu de la première rencontre entre le président togolais et la chancelière allemande, avec laquelle l’ancien séminariste partage des réseaux chrétiens. La même année, la visite à Lomé de Gunter Nooke avec qui il entretient des relations particulières relance tout. Un mini-sommet économique pour le Togo a lieu en Allemagne, les hommes d’affaires des deux pays se rapprochent et dans le domaine de la construction des infrastructures, des accords se tissent entre Lomé et Berlin. Désormais, pour Robert Dussey, la stratégie est simple. Alors que Paris et Lomé entretenaient des relations bilatérales froides, il intensifie l’axe Togo-Allemagne tout en remontant lentement le thermomètre entre Hollande et Gnassingbé. Les deux chefs d’Etat se verront dans la foulée mais la priorité semble être la première puissance de l’Europe, l’Allemagne avec laquelle le Togo a partagé une partie de son histoire.  Dussey lancera les « Printemps de la Coopération Togo-Allemagne » dont une nouvelle édition est attendue cette année. Il ouvre le Togo sur les pays de l’Europe de l’Est et tend les pieds vers l’Amérique latine. Multipliant les voyages sur toute la planète, il ne minimisera aucun partenaire. « Ils sont tous importants même si ce n’est pas au même degré » clame-t-il derrière son innocent sourire dont il ne se passe jamais. Il ouvrira une ambassade à Londres, une puissance européenne stratégique avec laquelle le Togo a eu jusque-là peu de contacts. Il convainc Faure Gnassingbé de ne pas perdre de vue les pays arabes et intensifie les relations sud-sud. Ce qui entre en ligne de mire de la politique du président togolais depuis son accession au pouvoir. Depuis, avec « la vision précise et ambitieuse » du président togolais et la confiance dont il jouit, Dussey multiplie les initiatives comme pour rattraper le temps perdu. « Je ne le fais pas expressément pour le président Faure, mais pour le Togo qu’il m’a fait l’honneur de servir » insiste-t-il, estimant que « chacun doit apporter sa pierre à l’édifice« . Car pour lui, « rien n’aurait été possible sans le soutien et les orientations stratégiques du président ». Mais au-delà de la redynamisation diplomatique, la modernisation est sa priorité.

 

Un ministère en pleine modernisation

 

La modernisation du ministère est fondamentalement capitale pour le ministre des affaires étrangères qui y voit « une manière de consolider les bases diplomatiques » pour que la machine tienne après lui. « Demain, je peux ne plus être là, comment faire pour que tout ne s’écroule pas après ? » s’interroge-t-il, car pour lui, cela « dépendra de la qualité du personnel, de la quantité aussi et surtout la mise en valeur des compétences au service de la diplomatie« . Il n’a pas que minimiser les coûts des représentations diplomatiques du Togo à l’étranger par le rappel de secrétaires, chauffeurs et autres employés qu’il entend recruter sur place mais il n’entend pas aussi « laisser les gens s’éterniser à des postes à l’étranger« . Une initiative qui a fait beaucoup de mécontents. Mais il a su compter sur le soutien de Faure Gnassingbé qui veut « rationnaliser les dépenses de l’Etat pour réinvestir dans le social auquel il consacre son mandat en cours« . Le prochain défi de la modernisation sera « le recrutement de compétences adaptées », ce qui nécessite des moyens financiers supplémentaires. Mais au bout de huit ans au cabinet présidentiel et 3 ans au ministère, malgré son apparence juvénile, Robert Dussey perd des plumes et s’épuise. De tout ce parcours, il n’a qu’un seul regret, « ne plus pouvoir lire suffisamment et écrire« , mais il sait se consoler, « servir son pays est plus passionnant que tout« . Ce qu’il ne dit pas, c’est que la proximité avec le président est une force. Mais de ses relations avec son mentor, il préfère ne pas trop parler.

 

Source : Tribune d’Afrique


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