AFRIQUE (RDC, Bénin, Togo, Burkina Faso) : Démocratie et élections, ces Evêques qui défient dictateurs et mal élus. Grand dossier

EVEQUES

 

Ils ont la charge des âmes, mais ils ont vite compris qu’on ne pourra pas longtemps  « parler du ciel comme si la terre n’existait pas ». Cardinaux, Évêques et prêtres, ils disent de plus en plus leur mot sur la gestion de l’Etat et parfois, dérangent un peu trop. RDC, Bénin, Togo, Burkina Faso, les prélats seront-ils les derniers remparts pour la démocratie ? En tout cas ils ne veulent plus se taire et s’il ne les soutient pas, le Vatican les laisse faire. Enquête !

 

Juillet 2015. Une lettre attribuée à l’Archevêque de Cotonou demande à Talon et Ajavon (deux milliardaires) les appelant à « bien vouloir renoncer à présenter vos candidatures respectives à l’élection présidentielle de février 2016 pour le bien suprême de la nation béninoise. » Il entend les voir « continuer à jouer vos rôles d’acteurs majeurs et incontournables de la vie économique de notre pays et à œuvrer à la sensibilisation de vos pairs pour qu’ils n’abandonnent pas leur domaine d’intervention au profit de la politique ». Quelques jours plus tard, le prélat confirme l’authenticité de ladite lettre.

 

Antoine Ganyè. L’évocation de son seul nom donne de l’insomnie à Yayi Boni. Très vite, l’Archevêque de Cotonou que le Pape tarde à remplacer malgré sa limite d’âge (à 70 ans, tout évêque présente une démission à Rome) et sa démission, est apparu comme l’ennemi numéro 1 contre la révision constitutionnelle et les dérives autoritaires du président béninois. Au point où, comme dans une blague, le chef de l’Etat confie à l’un de ses ministres proche du prélat, « il ira bientôt à la retraite et je vais enfin me reposer un peu«. Mais le Saint Siège ne s’empresse pas de le remplacer alors que Michaël Blum, Nonce apostolique jusqu’en 2013 avait mis en garde la hiérarchie. « Le président vous a promis de quitter le pouvoir en 2016, mais rien n’est certain dans la politique africaine, Mgr Gnayè peut être une voie (voix ???) de pression ». Cet échange entre l’ancien Pape, Benoît XVI et son ambassadeur a laissé des traces. Le pape François ne bouscule pas le locataire de la « Curie cotonoise ». Dans l’affaire Talon, sulfureuse épopée d’empoisonnement présumé qui a opposé l’homme d’affaire Patrice Talon à Yayi Boni et qui a enflammé les débats au Bénin pendant une année, la Conférence épiscopale dont ledit Archevêque est le président a dénoncé un « acharnement » et appelé à la raison et au débat utile. Riposte immédiate du chef de l’Etat dans une violente lettre ouverte adressée aux Évêques, ce qui n’a pas découragé l’épiscopat. Le comble, comme s’il n’y a pas de comble sans ironie, c’est que lors des pèlerinages mariaux annuels de Dassa (Centre du Bénin), en Août 2014, le chef de l’Etat a remis la plus haute décoration de l’ordre du Bénin au prélat dont la réponse n’a pas manqué d’ironie. « Je pense que cette décoration vient soutenir mon engagement. Cela suppose que ce que je fais est bien. Et si ce que je fais est bien, je continue… » Propos malicieusement applaudis par le chef de l’Etat qui clame son envie de quitter le pouvoir à la fin de son mandat, promesse dont doute une grande partie de son peuple, eu égard à ses multiples manœuvres. Mais celui qui aurait marqué tous les esprits par ses prises de position sans ambiguïtés sur son pays, c’est le Cardinal Monsengwo, on l’appellera « le Pape bantou ».

 
Laurent Monsengwo : « Dieu n’aime pas les dictateurs », moi-non-plus.

 
50 ans de sacerdoce, ça se fête. Mais sa messe anniversaire a vite tourné à un meeting politique. Réunis au Sanctuaire du Centre Lindonge de Limete pour fêter avec leur Cardinal, les Congolais n’en croient pas leurs oreilles. « Dieu n’aime pas les dictateurs » s’époumone le prélat. « Nous devons avoir le courage de respecter le mandat prescrit par les autres, car Dieu n’aime pas les dictateurs », a insisté le Cardinal Monsengwo. La foule applaudit, sous le regard ébahi des dizaines d’agents secrets envoyés par le pouvoir de Kinshasa pour le suivre de près. Cet homme de Dieu de 75 ans a vite émergé comme l’un des principaux opposants au régime dans la foulée avant de s’imposer lors de la présidentielle de 2011 quand il a publiquement dénoncé « des fraudes massives, des achats de voix et de conscience« . Kabila s’emporte et demande à un puissant Pasteur de l’Église du Christ au Congo qu’il fréquente d’intervenir pour obtenir que certains Evêques se désolidarisent du Cardinal. Peine perdue. Le 12 Janvier 2012, la Conférence épiscopale, en marge d’une assemblée plénière de trois jours apporte son soutien « total » au Cardinal et appelle les Congolais « à la vigilance et à la mobilisation…« . Appel qualifié de « troublant » par le régime dont les médias s’attaquent ouvertement à un prélat qui n’en démord pas. « Je n’aurai pas peur d’annoncer l’Évangile. Je n’aurai pas peur de dénoncer, bien qu’en des termes courtois, mais des termes fermes, suffisamment clairs. » avait lancé en novembre 2010 Mgr Monsengwo dont le courage a été couronné sinon soutenu par l’élévation au Cardinalat, quelques jours plus tard par Benoit XVI. Quand il n’en pouvait plus, à la fin de l’année 2011, le président congolais alerte deux de ses amis parmi les Evêques et exprime au Nonce apostolique Mgr Adolfo Tito Yllana ses inquiétudes face « aux dérives du Cardinal« . Quelques jours plus tard, quand Benoît XVI le rappelle en décembre pour Rome, plusieurs journaux proches du pouvoir ont annoncé « une sanction et un rappel à l’ordre« . C’est sans connaître le Souverain pontife allemand qui n’évoquera même pas le sujet avec son épiscope qu’il nomme aussitôt au Conseil pontifical de la culture et de la communication. Une promotion inattendue. Les consignes sont données pour que Radio Vatican, très suivie au Congo et jusque-là « prudente » relaye abondamment les propos du « Pape Bantou ».

 
Le Cardinal doit ce qu’il est devenu à son parcours exceptionnel. Au début des années 1990, alors simple Evêque de Kisangani et non encore Archevêque, il dirigera la conférence nationale et présidera même le parlement de transition. C’est en ce moment que commencent ses déboires avec le pouvoir central. Mobutu le trouve  » récalcitrant », « il veut faire le job à la place des opposants » avait dénoncé le « Léopard » pendant la conférence nationale et Kabila-Père, qui prendra le pouvoir plus tard, le qualifie de « malveillant Apôtre du Christ ». Et quand, en 2011, il boycottera les manifestations du 10e anniversaire de la mort de Laurent Désiré Kabila, père de l’actuel président de la République, Joseph y voit « une rancune tenace« . « Faux, c’est juste par mesure de sécurité » répond un prêtre de l’Archevêché contacté par Afrika Express. Laurent Désiré Kabila avait confisqué plusieurs fois en un an le passeport de l’Evêque et aurait envisagé quelques semaines avant sa mort de l’assassiner.

 
Le plus grand engagement de l’Évêque ces temps-ci, est contre la révision de la constitution qui assurerait un troisième mandat à Kabila. Sa lettre, publiée en septembre dernier depuis Rome et par l’intermédiaire de la conférence épiscopale, a semé la panique dans le camp présidentiel qui tient tout de même quelques Évêques notamment de l’Est du pays. Mais la force du Cardinal, ce sont les 28 millions de Catholiques que compte le pays. Une niche électorale importante qui, éduquée par les écoles missionnaires, constitue un réseau important de lobbying et d’influence. Et ça, Kabila ne le perd jamais de vue. Il sait aussi que le Cardinal compte parmi les plus influents du Vatican et est membre du Conseil spécial de huit cardinaux, gouvernement restreint du Pape François qui le dit « intelligent et déterminé pour la cause de l’homme, des hommes« , un soutien à peine voilé que fustige à Kinshasa, le camp présidentiel. Le Cardinal a mis une partie de sa modeste fortune dans l’élection présidentielle de 2011 et l’Eglise catholique a déployé le plus grand nombre d’observateurs, ce qui a permis aux Évêques d’avoir une lecture juste de la situation. Mgr Monsengwo l’a déjà fait savoir, il « n’acceptera pas la révision constitutionnelle » et tout catholique qui « soutient une initiative contre le peuple de Dieu s’éloigne de sa volonté » avait-il mis en garde l’été dernier à Kinshasa. Son combat constitue un soutien fort et un poids moral immense pour l’opposition congolaise et à ceux qui l’accusent de vouloir être président de la République, sa réponse date de plusieurs années déjà, « mon pouvoir d’Evêque est mille fois supérieur au pouvoir politique ». Voilà qui dit tout.

 
Au Bénin comme au Congo…

 

 

Août 2013. Une guerre est ouverte, sinon presque, entre les Evêques du Bénin et le Chef de l’Etat. La Conférence épiscopale ayant, dans un courrier daté du 15 août, à l’occasion de l’Assomption, regretté qu’une affaire « ait pu occuper le débat politique au détriment des urgences républicaines…« . Et réponse du berger à la bergère dès le lendemain, Yayi Boni pond une longue épître. Il rappelle les Évêques à l’ordre et s’enflamme à travers un courrier sobrement cohérent. Il saisit aussitôt la Nonciature apostolique qui ne tarde pas à répondre,  » Les Evêques peuvent, en qualité de pasteurs, si les circonstances l’exigent, prendre la parole sur tous les sujets qui concernent les chrétiens et les hommes de bonne volonté, bref, le peuple« . Une douche froide que le président n’a pas supportée mais qui a fini par le refroidir. Quelques jours plus tard, rebelote ! Dans un courrier explicatif, les Evêques détaillent leur démarche et finissent avec une note de fausse humilité, Saint Paul a écrit : « Nous sommes sans pouvoir contre la vérité, nous n’avons de puissance que pour la vérité » (2 Co 13,8). Depuis, la conférence des Evêques ne manque aucune occasion de prendre position, quelques mois plus tard, elle s’opposera ouvertement « à toute révision de la constitution. Ni le moment, ni les raisons évoquées ne justifient un tel acte » ont-ils écrit avant d’en rappeler à la conscience de ceux qui dirigent. Le lendemain, Yayi Boni s’invite dans une église catholique, avec son épouse pour rassurer sur son intention de « quitter le pouvoir en 2016″.

 
La Conférence épiscopale béninoise est l’une des plus impliquées dans la politique nationale. Cela depuis le marxisme léninisme, quand Mathieu Kérékou envoyait en prison prêtres et Evêques, à la moindre déclaration « indélicates« . Il avait fermé les écoles chrétiennes et miné les séminaires de dizaines d’espions. Cela n’a pas empêché Alphonse Quenum et d’autres encore, de monter au créneau et d’appeler les populations à contester l’idéologie marxiste. Il passera quelques mois dans les prisons de la révolution.
La présidence de la conférence nationale souveraine par le charismatique et influent Mgr Isidore de Souza et qui fut un succès retentissant a sans doute contribuer à donner à l’Eglise locale une image institutionnelle forte au-delà des 30% de la population qui est catholique. Les diverses visites de Papes (Jean Paul II et Benoît XVI) ont renforcé l’image symbolique et universelle de l’Eglise au Bénin et dès lors, chaque sortie des Évêques par courriers et/ou messages a une portée politique forte. Disposant, plus que dans d’autres pays comme le Togo, de médias construits dans le sens de l’engagement, l’Eglise peut compter sur des relais solides. La Croix du Bénin, hebdomadaire de l’Eglise catholique nationale est le journal le plus lu et le plus sérieux du pays. Son ancien Directeur, le feu Père André Quenum, formé aux USA et d’une rigueur éditoriale constante et fiable était devenu une vedette des médias et s’invitait régulièrement dans plusieurs émissions. Sa voix, unie à celle des Evêques résonnent dans la conscience du peuple comme de son chef. Depuis qu’associé au pouvoir, la Renaissance du Bénin de Nicéphore Soglo est devenue muette, depuis qu’une partie de l’opposition est achetée à coups de centaine de millions, depuis que plusieurs organisations de la société civile se sont laissées aller aux faveurs du régime, l’Eglise prend la suite du combat, ardemment et chacune de ses sorties rappelle aux Béninois que « l’espoir est permis » pour paraphraser Mgr Vieira, Evêque de Djougou. Espoir, tant que le redouté Archevêque de Cotonou, Antoine Ganyè ne croise pas les bras. Et l’ancien professeur de Latin n’entend pas s’arrêter en si bon chemin.

 
Burkina Faso : les Evêques étaient au front

 

 

02 octobre 2015. L’ambassadeur du Vatican à Ouagadougou publie un communiqué et revient en détail sur le fait que Diendéré Gilbert, ancien patron de la garde présidentielle et putschiste se soit refugié chez lui. Le Pape lui demandera de suivre tout le processus de près, pour son compte. Les Evêques du pays ont multiplié des pressions pour obtenir que le coup d’état en cours cesse à Ouagadougou. Depuis, le Burkina a déjà organisé un scrutin démocratique et a trouvé un successeur légitime à Blaise Compaoré, triste dictateur renversé par la rue un an plus tôt.

 

28 Février 2014. A l’Archevêché de Ouagadougou, quelques gardes de corps présidentiels sont déployés. En milieu de matinée, un hôte par comme les autres surgit. Blaise Compaoré. Le président du Faso rend visite à l’Archevêque. Le Cardinal Philippe Ouadraogo est ce qu’il y a de plus discret et de plus tenace dans l’épiscopat burkinabé. Il n’a pas le charisme foudroyant du Cardinal Zoungrana, ni même sa carrure pontificale. Il est ce qui incarne le mieux l’humilité au pays des hommes intègres. En s’entretenant avec le Chef de l’Etat, l’homme de Dieu insiste, « vous n’êtes leader que si vous êtes un modèle. Et pour l’être, vous devez mettre l’intérêt de la Nation au-dessus de tout autre intérêt… » Comme s’il prévoyait déjà ce qui, 8 mois plus tard, mettra un million de citoyens dans la rue. L’Église catholique locale a été la première institution qui, déjà en 2011, s’est opposé farouchement contre toute modification de la constitution. « Nous nous opposons catégoriquement à la révision de l’article limitant le nombre de mandats à la tête de l’Etat » a dit devant les médias, en décembre 2011, Mgr Ouédraogo et cela, précise-t-il, « dans le souci du bien commun«. Voilà qui dit tout. Les Evêques insistent sur la doctrine sociale de l’Eglise insistant sur le fait que l’Eglise n’a pas de camp. « Elle est dans le camp de la vérité » et donc, de la démocratie. Mgr Vito Rallo, Ambassadeur du Vatican au Burkina Faso avait transmis au président de la République un message du Pape au président burkinabé dans lequel il lui rappelle l’attachement de l’Eglise aux droits de l’homme et à la démocratie, sujet d’ailleurs évoqué par Benoit XVI et Compaoré en mai 2005, lors d’une visite officielle de l’homme fort de Ouaga. Alors que Blaise Compaoré veut passer en force, l’Eglise est mobilisée. Non seulement, selon l’un de nos collaborateurs sur place, « le Cardinal s’est entretenu avec le président de la République pour lui exprimer son inquiétude et son incompréhension » à la veille des manifestations des 27 et 28 octobre au Burkina Faso, contre la révision constitutionnelle, mais la conférence épiscopale s’apprête à publier un message dans les prochains jours. Une prise de position sans ambiguïté est attendue alors même que plusieurs prêtres, à travers des homélies enflammées, appellent leurs ouailles à écouter  » la voix de leur conscience » et à « ne pas se laisser intimider » comme si une consigne avait été donnée par les pères-évêques. Mais le combat promet de ne pas être facile alors que lors d’une interview à BBC et à Africa N°1 il y a quelques jours, alors que le journaliste a souligné l’opposition de l’Eglise à la révision, Compaoré s’emporte et demande : « L’Eglise catholique était pour le mariage pour tous (en France, Ndlr)? » puis de la minimiser« L’Eglise n’est pas une institution républicaine », mais il sait que son mot a un gros poids.

 
Togo, pourquoi autant d’hésitation et de calculs chez les hommes d’Eglise ?

 

 

La voix des Évêques est l’une des plus suivie dans le pays. Comme en RDC, au Bénin et au Congo, c’est un prélat qui a présidé la conférence nationale. Le pays compte un grand nombre de catholiques notamment au sein de la sphère du pouvoir. Faure Gnassingbé se dit pratiquant au point où, chaque année, il est reçu à Rome par le Pape avec sa mère, catho invétérée. Son père disposait d’une cagnotte importante, 26 milliards de Cfa, à la Banque du Vatican avant que l’IOR (Institut des Œuvres de religions) ne fasse faillite. Il a promis au Cardinal Bertone, ancien Premier ministre et ministre des Affaires étrangères du Vatican, « de ne jamais adhérer à une loge maçonnique » et a toujours été qualifié de « proche de l’Eglise«. La Commission vérité justice et réconciliation a été présidée par Mgr Barrigah, respecté Evêque d’Atakpamé. Pour ces raisons et bien d’autres, la conférence épiscopale de ce pays aurait pu jouer un plus grand rôle si elle n’était pas minée par quelques  » trop modérés« . Mais elle n’aura pas le choix. Face à une opposition divisée par le régime et fragilisée économiquement et psychologiquement par diverses affaires notamment celle des incendies de marchés, montées de toutes pièces par le pouvoir, une troisième voix, morale et ferme est importante. L’Eglise catholique, sans doute associée aux autres cultes importants du pays devrait user de son influence pour faire plier, progressivement Faure Gnassingbé. L’Église méthodiste, moins influente, a tout de même tout de même toujours joué un rôle important au point d’héberger dans ses édifices à Lomé des veillées de prières politiquement symboliques pendant de nombreux mois. Aucune disposition canonique n’empêche les Evêques de s’engager en politique, c’est plutôt une obligation « sociale et pastorale » et dans les dictatures africaines, la voix de l’Eglise peut faire avancer dans le bon sens. D’autant plus que le nouveau Pape, par son pragmatisme et son ouverture est très apprécié des opinions nationales et internationales. Se réclamant de la communauté catholique, le président togolais ne pourra pas rester longtemps sourd aux appels des Evêques. Mais malgré les quelques messages qu’ils passent et dont certains sont plus ou moins audacieux, les Evêques togolais ont du mal à s’engager. En privé, ils se renvoient la balle et ne laissent pas les mains libres à certains de leurs prêtres qui tentent d’aller plus loin qu’un prêche « politisée« . Dans la situation actuelle du pays où le président Faure s’oppose à toutes les réformes et ouvre, grâce à une justice qui ne vaut plus que son épicerie, une guerre à l’opposition, alors qu’après dix ans au pouvoir à la suite de son feu père qui en a fait quarante, alors qu’il n’a pas été capable de déchainer l’économie, ni même de combattre la corruption qui est devenue la épidermique avec son régime, la voix de Dieu à travers les Evêques peut mieux sonner que les dénonciations tous azimuts. Non seulement il urge de lui couper les privilèges que lui offre le Vatican, mais surtout, de lui rappeler sans cesse les paroles du Cardinal Monsengwo, « Dieu n’aime pas les dictateurs…«, encore moins quand ils se font passer pour des catholiques.

 
Pour être libres, les hommes d’Eglise opposants ont besoin d’être crédibles

 
Quelques années après son arrivée au pouvoir, Yayi Boni prend une initiative pour le moins curieuse. Il veut, dans une République laïque, que l’Etat soutienne financièrement les églises. Le gouvernement justifie cela comme « une aide au culte qui ne privilégie aucune religion« . 1 million de dollar est destiné à l’Eglise catholique, la plus importante des confessions chrétiennes. Les Evêques ont certes remercié le gouvernement avant de souhaiter que la part de l’Eglise romaine aille au pays qui, précise l’Archevêque de Cotonou, « a plus besoin de cet argent«. Un refus qualifié d’effronterie pour le président qui a reçu, par cette aide, à « calmer » les autres églises. La distance prise par la Conférence épiscopale par rapport aux privilèges politiques renforce sa crédibilité. « Tout suite, Yayi Boni s’est dit que ce ne sera pas facile » a confié un Evêque du Nord du pays à Afrika Express.
Dans plusieurs pays d’Afrique, les Evêques sont parfois contraints au silence par leur passé peu glorieux et leur dépendance financière vis-à-vis de pouvoirs politiques. Vite entré dans les bonnes grâces de Kabila, le sulfureux Abbé Malu Malu, le président de la Commission électorale nationale indépendante, CENI, n’hésite pas à s’en prendre à son Cardinal-contestataire. Vivant dans un excès de luxe à lui garanti par la famille présidentielle, il estime le plus souvent que Monsengwo « sort de son rôle de Pasteur ». Au Bénin, l’ancien Archevêque de Cotonou, Mgr Marcel Agboton, qui a dû démissionner sous la pression de la Nonciature à cause de son appartenance à la Franc-maçonnerie et qui, pendant longtemps, a été bénéficiaire de privilèges financiers accordés par le régime Yayi Boni a été plutôt un prélat du silence. Il n’avait, contrairement à son successeur, aucun engagement politique. « Le pouvoir politique le tenait par les couilles » s’en amuse l’un de ses prêtres qui étudie la théologie en France. Mais le cas le plus illustratif est au Togo. Mgr Alowonou, Evêque de Kpalimé et malheureusement président de la Conférence épiscopale doit sa petite fortune à Ingrid Awadé, une compagne du chef de l’Etat qu’il ne lâche pas. Elle le considère comme son père et il a fallu du courage et une forte résistance aux autres Évêques pour publier certains messages. « Le président est parfois réservé, il ne veut pas de messages politiques, il ne veut prendre aucune position » a confié l’un de ses pairs qui dit ne pas « pouvoir prouver que cela est dû aux faveurs que lui offre des proches du chef de l’Etat« . Le communiqué appelant Faure Gnassingbé à faire les réformes et publié par les églises catholique et Protestantes n’a d’ailleurs été signé que par son adjoint, Mgr Denis, Archevêque de Lomé. Pour un autre message publié par la conférence épiscopale quelques mois plus tôt, le président, Mgr Alowonou a mis la pression pour ne pas arriver à un « message trop politique « Depuis Lomé, sa « filleule », dame Awadé ne le lâchait pas, elle aurait même assuré des barons du régime que les « Evêques seront souples« , mais c’est sans compter avec les rouages de la Nonciature apostolique. Le régime sera finalement déçu. Mais en même temps, les Evêques du Togo ont du mal à faire le poids, les intérêts étant divergents. D’un côté, les « résistants » dont l’Evêque d’Aného (diocèse le plus proche de l’opposition par ses populations) qui sont minoritaires, de l’autre, les « gentils » menés par le président de la conférence, qui sont plus ou moins proches du régime et entre les deux, les « normaux » qu’incarne Mgr Barrigah, qui a présidé la Commission vérité justice réconciliation, CVJR, chargée de faire la lumière sur les événements politiques depuis 1958. Diplomate chevronné, ancien chargé d’affaires du Vatican en Israël, il prône la voie médiane qui « puisse permettre d’aider le Togo à s’en sortir ». S’il est crédible et de bonne foi, c’est sans compter avec les manœuvres de Faure Gnassingbé qui, en « bon » catholique, tient devant lui des promesses qu’il ne tiendra jamais. Mais l’Evêque aura du mal à excommunier un fidèle qui, président de la République, n’est plus en règle avec l’Eglise de par sa situation matrimoniale confuse.

 

En Afrique et dans le monde, l’Eglise continuera, les années à venir, à jouer le rôle qui est le sien. Veilleuse de conscience avec des limites à peine perceptible avec la politique. En criant, « Le pape, combien de divisions ?« , Staline n’avait-il pas plus que raison en 1945, s’adressant  à Winston Churchill ?

 
MAX-SAVI Carmel, pour www.afrikaexpress.info

 


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