BENIN 2016: Sos Journal Le Monde, quand Serge Michel tacle si « brillamment »  Talon!

Il est le favori du scrutin...

Il est le favori du scrutin…

J’ai lu avec tristesse et consternation l’article de Serge Mcihel, Bénin : les nombreuses casseroles du candidat Talon avec lequel l’ingénieux journaliste du respectable Le monde clôture la campagne électorale béninoise. Je suis impressionné d’autant que je connais un peu notre métier, le journalisme, je l’exerce depuis une quinzaine d’années. J’en maîtrise quelques subtilités et dessous, j’ai été formé dans une école, je ne veux pas dire de blanc, mais en France, l’Ecole Supérieur de Journalisme, ESJ… ! Quand j’ai commencé par lire l’article, j’ai cru qu’il s’agissait d’une Tribune ( je dis Tribune) d’une valeureuse éminence grise de Lionel Zinsou en guise de soupir de fin de campagne. Et quand j’ai vu la signature, cela m’a fait tic. Parce que je connais un peu ce journaliste, sans doute l’un des passionnés d’Afrique qui, au fil des compromis tropicaux et des arrangements à l’africaine (qui dit Afrique dit générosité suspecte!), s’est progressivement désillusionné de ses rigorismes hexagonaux pour se complaire dans nos « tolérances » sous le soleil. Sinon, comment comprendre le fond de ses idées quand il écrit ce qu’il a écrit ? Un article à charge, dans lequel il présente Talon, en candidat noir au parcours abracadabrantesque-ment louche et pourtant si bien plébiscité. Aucun équilibre, aucune équité. Quel merveilleux journalisme ? On dirait l’un de ces règlements de comptes en Afrique, au travers de médias interposés. Je n’accepte pas cela pour Le Monde que je lis depuis 1998 même si je sais que Zinsou Lionel en un membre du conseil d’administration. Il le présente même comme une sorte de paradoxe à la béninoise. Parce que son « ratio » d’Occidental digère moins qu’un Patrice Talon soit au second tour plus que le fait que Marine Le Pen surgisse en tête des principaux scrutins intermédiaires et européens en France.

 

Parce que dans le subconscient de ces amoureux d’Afrique, la réalité ici porte toujours une part d’indigestion pour un Occidental et surtout, prête à un syncrétisme à ciel ouvert et un mélange si mystérieusement harmonieux de compromissions, de suspicions,  d’approximations et aussi (même si on ne le dit pas assez), d’immaturité démocratique… suscitant compréhension, pitié et excuses.  Serge Michel ? Sa méthode? Une promiscuité avec le pouvoir en place, ici, il se consacre gentiment à Lionel Zinsou, l’autre Blanc qui se cherche sous les hangars africains. Blanc ? Le terme n’a rien du racisme. J’ai moi-même des enfants français dont au moins un est métis et vous comprendrez que je n’ai aucune raison d’être xénophobe d’autant  que tous sont passionnés de l’Afrique et pourraient se retrouver dans la posture de Zinsou au Bénin, un de ces jours. Mais je le trouve assez « Blanc » par la méthode et les approches, par la précipitation active souvent observée chez beaucoup de « Blancs de France » quand il s’agit de l’Afrique. Zinsou a fait toute sa carrière en Europe et aurait pu comprendre qu’il n’est pas honnête de la recommencer au Bénin. Mais bon on est en Afrique et le Blanc, en bondissant dans notre marigot subsaharien, peut mettre de côté ce qui fait sa « blanchitude ». Il aurait pu démission de son poste, déjà pas constitutionnel, mais surtout pour la simple raison que contrairement à la France, l’ambiguïté des limites au Bénin (privées et publiques) fait qu’il n’a pu que profiter de sa posture de premier ministre pendant toute la campagne, au détriment de toute équité, cela ne lui a pas évité un score aussi minable.

 

Et comme le ridicule ne tue plus depuis un bon moment en France et notamment dans la presse, Serge Michel revient sur les affaires de justices qui pèsent sur Talon. Comme si en France, quand un non-lieu est prononcé, il faut continuer à présumer de la culpabilité du bénéficiaire. Plus intéressant encore, il juge utile de revenir sur la lignée esclavagiste supposée de Talon, rappelant son arrière-grand-père négrier ( faisant omission, sans doute volontairement, du rôle joué récemment, dans les années 1970 par la famille Zinsou, son père, René, notamment) et comme si le métissage franco-béninois de Zinsou posait plus de problème que sa féodalité politique au système Yayi Boni. Les Béninois n’ont pas rejeté Lionel ZInsou parce qu’il est semi-blanc, ou semi-noir, mais surtout parce qu’il n’a pas trouvé meilleure issue de parachutage que Yayi Boni, décrié président aux dérives incalculables et à la fin de règne piteuse. Parlant des non-lieux, le journaliste crée sciemment l’embrouillamini autour du juge Angelo Houssou dont il assimile la fuite à une forte suspicion, oubliant qu’en Afrique (je pensais qu’il connaissait bien le continent), dans une affaire aussi délicate, un magistrat qui dit autre chose que le président n’est à l’abri de rien et ne peut être protégé que par ses propres soins…

 

Il fait cas de ce que Patrice Talon aurait été observé à Paris, donnant des enveloppes à des hommes politiques africains. Une supputation volontairement personnelle du journaliste qui veut juste un alibi de preuves. Est-ce que Patrice Talon aide les hommes politiques de son pays ? Bien sûr, et régulièrement, cela n’a rien d’illégal au Bénin. Est-ce qu’une loi interdit en France de donner des enveloppes pour soutenir une idée ou un camp ? Non. En quoi est-il donc utile d’évoquer des enveloppes distribuées et de créer par un impromptu génie journalistique une surveillance virtuelle de Bercy… Comme si, à défaut d’éléments palpables, il faut accumuler des éléments de preuves fantoches et aléatoires, sinon en inventer habillement quelques-unes. L’enquête préliminaire actuellement ouverte en France et dont il fait cas dans son article, cette fois par le parquet national financier, est bien réelle. Sauf que le journaliste a oublié de mentionner qu’il s’agit d’une enquête juridico-administrative, suscitée automatiquement par un signalement de Tracfin, Traitement du renseignement et action contre les circuits financiers, et qui fait suite à tout virement excessifs. Qu’est-ce cela a de surprenant quand le « créditaire » est, comme le signale l’auteur lui-même, la 15e fortune au Sud du Sahara et qu’il a dû quitter précipitamment son pays pour s’être opposé à un 3e mandat pour Yayi Boni ?

 

Il a réussi, vers la fin de son article, à présenter un Talon « intouchable » par la justice de son pays. Comble du ridicule. Le président de la République est le premier magistrat et le chef suprême de sa « justice ». Comment expliquez-vous, M. Mcihel, que cette justice si dépendante du parquet ait pu prendre des décisions en faveur de Talon ? Parce que de son exile, il l’a plus corrompue que Yayi Boni qui en fait son épicerie personnelle qu’il traîne de déni en déni ? Quand un juge, là encore en Afrique, prend une décision qui ne vous plait pas, et voilà, il  est à la solde de tel bénéficiaire. Pourriez-vous, en Français bon teint, accuser la justice de votre pays d’être à la solde d’un Talon à la française ? Un peu de respect pour nos institutions, un peu d’égard ne tue personne, même si c’est à l’endroit d’un Africain.

 

Et votre conclusion, on dit plutôt chute dans notre métier, est impressionnante. Je vous cite : « Le salut, pour le Bénin, se trouve peut-être dans une décision de l’Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires (Ohada). Cette juridiction basée à Abidjan a cassé, le 15 octobre 2015, un arbitrage défavorable au Bénin dans une autre affaire, cotonnière cette fois, qui l’oppose à Patrice Talon et à sa société d’égrenage Sodeco. Il y a pour la République 23 milliards de francs CFA (35 millions d’euros) à récupérer. Mais cinq mois plus tard, personne à Cotonou n’a encore formulé la demande. » Je vais vous le rappeler, Patrice Talon a décidé de ne pas réclamer cet argent, parce qu’avec la décennie Yayi dont vous n’osez faire aucun bilan, l’économie béninoise dans la boue, supportera mal un tel remboursement. Et votre dernière phrase, si volage et si mesquine, ne se base sur rien, «Si Patrice Talon est élu le 20 mars, cette affaire entre lui et son pays sera sans doute définitivement orientée, à son avantage. », affirmation gratuite et volage, aurait-on pu dire dans votre pays. Celle d’un français qui, dans ses illusions, esquive une conclusion rapide avec la légèreté que lui inspirent ses complexes. Serge Michel, si vous voulez consacrer un article à la famille Zinsou et à votre ami Lionel, je peux vous fournir, gracieusement et sans piges, quelques pistes.

 

MAX-SAVI Carmel, Journaliste béninois

 


Commentaire

commentaire

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

}