Bénin : Armand Gansè, secrets d’un jeune qui veut réussir, ce que vous ne savez pas de lui

 

Armand Gansè. Son nom n’évoque pas qu’un talonniste fieffé et sans équivalent mais aussi et surtout une marque de confiance dont le président béninois oint un jeune venu de milieu modeste. Un master en poche, plusieurs années à la mairie de Bohicon et depuis quelques mois à la tête de la société de gestion des marchés (Sogema), il incarne, pour ceux qui croient encore en la jeunesse, une concrétisation du rêve béninois sous la rupture. Une promotion qui n’écarte ni coups bas, ni acharnement. Portrait d’un succès inattendu !

Il y a encore un an, « il n’était attendu nulle part » comme on le dit en Afrique. Dans l’ombre du maire de Bohicon, il gérait les gares routières jusqu’à ce qu’une perspicacité intuitive ne le pousse à faire son choix. Dans la foulée de la présidentielle dernière, alors qu’aucun élément ne permettait encore d’y croire, il opte pour Talon. « C’est le parcours du président qui m’a séduit, il a cru très jeune en ses rêves » se répète-t-il, « et les a tous réalisés sans doute » remarque celui qui, à 38 ans, est à la tête d’une des plus grandes sociétés d’Etat. Longtemps avant la campagne électorale, il crée sa chaîne de jeunes qui se mettent au travail sans rien attendre. « J’y ai cru, je m’y suis mis » se souvient encore celui qui n’a de cesse de s’accrocher à ses rêves. Il en fera les pots cassés. Perdra son poste que détracteurs et envieux trouvaient bien juteux pour une élection qui, avec la qualité et la diversité des candidats était à l’issue plus qu’incertaine. Mais le pari franchit un premier pas, Talon est au second tour.  Cet élégant obstiné que la mairie a mis en « chômage technique » multiplie meetings, rencontres, mobilisations pour la victoire finale. Et Patrice Talon a été élu !

Une chance pour la jeunesse

Son humilité reste intacte. Entre deux réunions et quelques déplacements sur le terrain, il garde le contact avec la jeunesse. Il passe le clair de son temps à lire, s’il en a, à recevoir des jeunes aussi bien de son fief que de partout. Avec le même discours, celui de l’espoir. Comment peut-il convaincre cette classe juvénile en débandade que par son propre exemple ? Mais comme il aime à le dire, « vous avez beau être le plus compétent, quand vous êtes jeune, il vous faut une occasion pour vous révéler« . La sienne, c’est Talon qui la lui a donnée. Plus qu’une récompense, il prend tout comme un défi, « si j’échoue, on aura du mal à confier des postes de haute responsabilité à d’autres jeunes« , insiste celui qui entend se donner tous les moyens pour réussir. Sa première force, c’est d’être un homme de terrain, forgé par son parcours à la commune de Bohicon. Si son bureau est un espace de travail, c’est dans les marchés qu’il fait l’essentiel, prend les pools et fait de l’écoute sa principale arme. Sa stratégie, écouter, écouter, écouter…  avant de décider. « Au moins lui, nous écoute, même les simples vendeuses que nous sommes » témoigne une commerçante. Son jeune âge qui aurait pu être un handicap est devenu très vite un atout. « Je veux écouter les gens, je ne veux pas prendre de décisions précipitées pour qu’on la relie à mon jeune âge » prévient-il, car pour lui, chacun de ses faux pas ne lui sera pas fatale à lui seul, mais à la jeunesse. Depuis son arrivée au pouvoir, le président Talon fait des jeunes son fer de lance. Il multiplie, contre parfois l’avis de ses proches et collaborateurs des nominations parmi les plus jeunes, souvent à des postes de responsabilités. Comment peut-il en être autrement pour celui qui, à 27 ans, avait déjà créé sa première entreprise et à peine la trentaine atteinte, était à la tête d’un ensemble de sociétés ? Sa propre expérience l’oriente quand il faut décider pour les jeunes. Depuis la nomination de Gansè Armand, si bien connu en milieu fon, combien ne sont-ils pas, ces jeunes qui croient désormais en leur étoile ? Une étoile que la trop longue attente et le désespoir avaient déjà éteinte pour beaucoup

Pas de roses sans épines…

Sauf qu’ici, des épines, il en a trop. Les épines. Bien qu’il ait le soutien de la majorité des jeunes qui voient en lui plus une source d’espoir qu’une idole, les détracteurs d’hier n’ont pas lâché prise. Depuis, alors qu’il perçoit sa nomination comme un défi et s’y met de tout son temps, les coups bas surgissent ici et là. Une cabale médiatique aux empreintes bien sordides ici, quelques ragots injurieux par-là, une malle de calomnies un peu plus loin et comme si cela ne suffisait pas, de mystérieux fronts qui n’entendent plus que l’éclabousser. Avec pour un seul objectif, « le faire partir« . « Il s’y attendait un peu mais il ne veut pas réagir » insiste son entourage. « Le plus important reste la mission que le président de la République lui a confiée » et pour Armand Gansè, peu importe ce qui se dit. Il doit compter avec ceux qui auraient souhaité être à sa place et n’y sont pas mais surtout ses compagnons de routes « communales » qui, de Bohicon comme de Cotonou, l’exhibe en traitre pour avoir soutenu Talon, contre toute consigne interne donnée par Luc Atrokpo. Il ne cessera pas d’en payer le prix.

Et les ambitions politiques réelles ou virtuelles ne lui faciliteront pas la vie

Le pire reste peut être à venir. Combien ne sont-ils pas à craindre qu’usant de son excessive popularité dans la ville de Bohicon, il ne devienne un frein pour des élections intermédiaires ? Ce qui ne fera qu’ajouter à ses déboires, au fur et à mesure que les échéances s’approchent. « Ils sont nombreux à craindre qu’il ne porte les couleurs de Talon pour les législatives ou les municipales » confie une source à la mairie de Bohicon, « ainsi, il faut l’abattre« , sauf que non seulement la guerre a été ouverte trop tôt mais les moyens sont inadaptés.  Ecrire ou faire écrire des contre-vérités  si facilement vérifiables décrédibilisent une cabale à laquelle, à part un bref texte de sa cellule de communication, Gansè n’entend pas répondre. « Je suis débordé » insiste-t-il, travaillant depuis sa nomination sur un grand plan ambitieux de modernisation des marchés publics.

Agé de 38 ans, cet jeune du centre Bénin  qui, après un Bac D, a fait la physique chimie à l’université d’Abomey-Calavi avant de décrocher un Master en administration des affaires n’ignore pas que rien n’est facile à qui veut réussir. Il sait donc mieux que quiconque qu’il faut se durcir la peau contre les attaques et coups bas. Mais pour lui, malgré tout, l’essentiel est ailleurs, « remplir convenablement ma mission pour ne pas décevoir le président de la République et toute cette jeunesse qui me suit« . Pas seulement un défi, mais tout un programme d’action.

 

Sonia N. CICA


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