BENIN: Qui sera le prochain président? Forces et faiblesses du quintette en tête de lice

Spécimen du bulletin électoral

Spécimen du bulletin électoral

 

Au Bénin, le compte à rebours a commencé. Dans quelques jours une trentaine de candidats se présente à l’élection présidentielle du 28 février 2016. Dans le lot, on note de très bons profils et quelques plaisantins. Mais des analystes s’accordent à reconnaître que le derby alignera quatre prétendants (ici cités par ordre alphabétique): Sébastien ADJAVON, Robert GBIAN, Pascal Iréné KOUKPAKI Patrice TALON et Lionel ZINSOU. Ces personnalités s’imposent par leurs carrures et la capacité des actions de mobilisation qu’ils déploient sur le terrain.

 

Une trentaine de candidats et 5 se distinguent du lot. Le prochain président de la République sera du quintette… Ici, Tribune d’Afrique leur consacre un article d’analyse, par ordre alphabétique pour éviter toute impression partisane. Deux sont des opérateurs économiques, un est ancien officier des forces armées, deux sont des politiciens invétérés et tous sont des milliardaires de différents niveaux. AJAVON mobilise plus de soutiens que tous, GBIAN fait peur à la majorité présidentielle et est le mieux parti dans le nord du pays où il fait la meilleure campagne, KOUKPAKI est un homme d’expérience adulé par les élites, TALON est ancien allié du régime qui peut compter sur sa stratégie de victimisation et ZINSOU est l’homme de YAYI Boni… Il peut compter sur les moyens d’Etat. L’un d’eux sera le prochain président du Bénin. Analyse !

 

Sébastien ADJAVON

 

Gentleman et fairplay, est perçu par beaucoup de citoyens comme étant le « candidat du social». C’est celui-là même qui, depuis plusieurs années à travers sa Fondation du même nom, investit des milliards de francs CFA dans la réalisation d’œuvres caritatives notamment des constructions d’infrastructures socioéducatives de diverses natures à travers  le pays. Ses œuvres sur le terrain témoignent de lui, c’est son grand atout. Longtemps aussi,  cet opérateur économique discret, a financé la vie politique du pays  presque en cachette. Beaucoup de partis et d’hommes politiques ont gouté à ses sous. Aujourd’hui certains de ceux-là, à visage découvert, sont sortis de leur réserve pour lui porter soutien contre les autres prétendants au fauteuil suprême. Enfin les livres du trésor béninois mentionnent le nom de Sébastien ADJAVON comme étant le plus gros contributeur du budget national. Il paye plus d’impôts que tous les hommes d’affaires au Bénin. Autre détail pas des moindres : sous le régime du changement et de la refondation qui se voit les jours comptés, l’opinion publique identifie monsieur Sébastien ADJAVON au rang des Béninois patriotes. Car au temps fort de la persécution et de toutes les formes d’harcèlements financiers, cet homme a refusé de fuir le Bénin, terre de ces aïeux.  C’est un richissime décidé à déverser des milliards de francs dans la campagne électorale pour son élection à la tête du pays. Selon nos informations « l’argent circule » déjà. D’ores et déjà, ce grand homme d’affaires s’est mis  dans la peau de chef d’Etat. En témoignent ses propos, lors du dépôt de son dossier de candidature au siège de la Commission électorale nationale autonome (CENA) le lundi 11 janvier dernier. Face à la presse, et d’un air très fier, il a déclaré en effet : « le prochain président de la république c’est celui qui vous parle ».

 

Robert GBIAN

 

Intimidations et pressions, rien ne réussira à le mettre à genoux. Par respect pour ses soutiens et pour sa tradition bariba, il ira jusqu’au bout. Dans plusieurs interviews accordées à Canal 3, il persiste et signe, mettant fin à des rumeurs devenues persistantes. Il a un avantage, peu de personnes lui prêtent attention à cause des milliardaires qui sont dans la danse et qui occupent artificiellement le terrain des médias. Il aurait été le candidat du président sortant si ZINSOU n’avait pas été parachuté et surtout, sa posture de vice-président du parlement béninois anoblit son image et renforce son envergure. Il sera sans aucun doute, le candidat normal. Simple et accessible, humain et sensible, c’est plutôt plus de l’homme que du candidat qu’il donne l’image. Même si la majorité présidentielle voit en lui une force « nuisible » au point se consacrer à distiller son éventuel désistement, il reste, dans l’ombre de sa discrétion, dans une campagne menée avec minutie et pugnacité. Son désistement supposé ? Une intoxication soigneusement orchestrée par ceux qui ont le plus peur de GBIAN. Même Lionel ZINSOU s’en méfie, certain que deux candidats du sud ne peuvent pas arriver en tête lors du premier tour. TALON est le milliardaire victime du yayibonisme, AJAVON, le candidat du social, KOUKPAKI le rigoriste et GBIAN, un peu de tout ça. Mais avant tout, un candidat qui ressemble à tous les Béninois, c’est cela sa force. Il est plutôt un candidat de consensus et de rassemblement. D’abord, il a de bons contacts avec la plupart des candidats. Ensuite, il a été dans la course assez tôt et a réussi à se faire l’image du candidat qui fait de la paix, chère au développement et de l’unité nationale ses priorités. Il sera, il l’a dit à maintes reprises, le candidat de la continuité sur tout ce que YAYI a fait de bien et celui de la réorientation sur les autres sujets. Il dispose d’un projet de société salué dans les chancelleries comme adaptée à la réalité du Bénin qui, après la turbulente décennie de YAYI Boni, a besoin d’une douce transition. Avais partagé aussi bien par les Européens que par les Américains, même si du côté du pays de Obama, on préfère s’aligner sur le choix officiel de la France, ZINSOU. Plusieurs sondages réalisés par la présidentielle le donne gagnant contre tous les autres candidats, s’il parvient au 2e tour et 2 sondages le donnent largement au second tour. Au-delà, son travail de terrain, fait discrètement et de façon persistante ne peut que payer, ce qui en fait le candidat de toutes les surprises, une force dont il est conscient.

 

 

Iréné KOUPKAKI

 

Ce candidat pourrait créer la surprise. C’est le choix de la raison. Son projet de société en dit long. Des 35 candidats sur la ligne de départ, il est le seul qui prône la nouvelle conscience. En réalité, c’est là le vrai mal dont souffre le Bénin. Iréné KOUPKAKI ne mise pas sur les billets de banque. Ce qui lui importe, c’est le cœur du citoyen béninois. Un tel langage présente des avantages comme des inconvénients. Le Béninois d’aujourd’hui est l’homme de l’immédiateté, « prêt à bouffer la vie ». C’est celui-là qui vote en fonction de ce qu’il perçoit chez un candidat. Bien vrai tous ne sont pas ainsi. C’est quand même de notoriété publique que c’est l’argent qui détermine parfois le vote au pas de Ghézo. Alors vu sur ce plan, Iréné KOUPKAKI n’a pas la chance s’il ne « banque pas » comme les autres candidats en face de lui : TALON, ADJAVON et ZINSOU. Il paraîtrait alors seulement comme un rêveur solitaire dans le désert. Le Béninois veut le pain tout suite et maintenant. Demain ne le préoccupe pas. Or voici que KOUPKAKI lui voit loin. C’est un candidat qui, au regard de ce qu’il prône,  pense au Bénin de demain. Pour lui, il faut d’abord changer la conscience du citoyen béninois. Car tout est là. S’il celui-ci change son cœur et se ressaisit, le reste changera autour de lui. Mais le Béninois désire –t-il changer de comportement ? A l’analyse sociologique, il semble qu’il n’est pas prêt. Yayi n’a pas réussi à le faire. Mais plutôt c’est le peuple qui a changé Yayi. L’ex-premier ministre dispose peut-être de ses méthodes à lui  pour corriger la conscience du Béninois, qui sait ? L’homme ne manque pas de charisme et de vision. C’est certainement pour cette raison qu’il jouit du soutien d’Albert TEVOEDJRE, un faiseur de roi connu de tous. Un tel soutien reste de taille et comptera sans doute dans la balance. Il reste au citoyen d’effectuer le choix : manger toute suite et mourir quelques instants après de faim ou faire le choix de la raison et tenir debout avec le pays.

 

Patrice TALON 

 

Sur la ligne de la course présidentielle, comme Sébastien ADJAVON, figure le magnat du coton Patrice TALON. Homme d’affaires de renom, c’est un milliardaire tranquille. C’est le candidat redouté du pouvoir Yayi. Il n’y a pas si longtemps un député de la majorité présidentielle a qualifié monsieur Patrice Talon de lion : « nous allons à la chasse au lion, et comme chacun sait, la chasse au lion n’est pas chose facile ». Tellement la fortune, la stature et la carrure de l’ex- PDG de Bénin contrôle fait craindre ses adversaires. Patrice TALON est considéré comme le candidat du défi. Il a dans son escarcelle, une bonne brochette de politiques de toutes tendances confondues. Il mène une campagne de sous-marin. Partout où il passe, c’est lui-même qui prend la parole avec beaucoup d’assurance dans la voix et une teinte d’intellectuelle avérée. Dans l’opinion, il y en a qui préjuge de ce que sa richesse proviendrait des accointances avec les régimes successifs au Bénin. Avantage ou désavantage ? Là n’est pas la question. Patrice Talon face aux électeurs fait des propositions pratiques. Ses arguments épatent plus d’un. Ajouter à cela ses billets. Un élu local nous confiait qu’il a assisté à un meeting de Talon où sa participation a été monnayée à 20000 FCFA alors que pour un autre meeting d’un autre candidat il n’aurait perçu que 1000 F CFA. Le ton sur lequel il me confiait ce récit, prouvait en quelque sorte déjà son choix. Il aurait préféré Patrice TALON. Cette petite anecdote prouve que la fortune de ce présidentiable pourrait à certains niveaux jouer en sa  faveur dans un pays où la misère reste ambiante. Misère induite par le fait des hommes  politiques béninois. Au détour d’une rue à Cotonou, j’ai oui de mes oreilles que les politiques béninois, depuis 1960, ont déçu et qu’il fallait « maintenant » faire place aux hommes d’affaires pour démontrer leur savoir-faire. Un argument qui n’est pas idiot, à voir comment le pays est géré depuis ces dernières années. Les docteurs ont échoué, pas besoin de démonstration pour le savoir.

 

Lionel ZINSOU

 

« C’est le candidat de Boni Yayi », entend-on dire partout. L’expression trouverait sa justification dans le fait que toute l’alliance FCBE ne porte pas cette candidature. Fini la cohésion d’antan qui a induit le KO en 2011  et faire rafler l’essentiel des sièges au parlement au profit de l’actuel chef de l’Etat aux dernières législatives. La candidature de l’économiste franco-béninois ne fait pas l’unanimité au sein des forces cauri pour un Bénin émergent (FCBE).  Pour marquer leur déception, même des partisans très proches du président de la république se retrouvent aujourd’hui dans une coalition dite de la rupture. Ils ne partagent pas le choix de Boni Yayi. Chabi SIKA, Arifari BAKO, Marcel de SOUZA, Saka LAFIA pour ne citer que ceux-là figurent dans ce peloton. Mais la surprise demeure le soutien des leaders des grands partis politiques comme la Renaissance du Bénin (RB) et le Parti du Renouveau Démocratique (PRD) à Lionel ZINSOU. Leur mot d’ordre sera –t-il suivi ? Rien n’est moins sûr. Car sur le terrain le choix de Maître Adrien HOUNGBEDJI et de Léhady SOGLO n’a pas l’assentiment de tous les électeurs membres des grandes formations politiques PRD et RB. Une fois encore l’on voit ici que les supporters de Lionel ZINSOU ne sont pas soudés. Dès lors « l’alliance FCBE PRD RB » devrait se remettre au travail pour imposer son candidat.  Le banquier d’affaire ne fait pas l’unanimité, à écouter les commentaires des uns et des autres. Même l’Eglise catholique semble être contre ce candidat. Ce qui n’est pas banal dans un pays fort religieux comme le Bénin. Dans leur dernière lettre pastorales, en effet, les évêques du Bénin ont marqué noir sur blanc au nombre des critères qui doivent présider au choix du prochain président de la république une phrase qui en dit long. Pour les évêques, le président qui sortira des urnes le 28 février 2016 doit maîtriser les réalités sociologiques, culturelles, géographiques et historiques du Bénin. Ce qui n’est pas le cas du candidat  Lionel Henri Louis ZINSOU. Certains politologues se posent parfois la question de savoir la langue dans laquelle il s’adressera à ces électeurs. Le candidat en effet ne parle aucune langue locale. Or au Bénin, pays qui compte plus de 80 °/° d’analphabètes tout le peuple ne s’exprime pas en en langue française. Cette langue imposée par l’ex colon ne sert que dans l’administration publique et dans le système scolaire et académique au Bénin.  L’un des sites privilégiés où Lionel ZINSOU aurait pu passer son message et se faire comprendre l’a rejeté. En janvier dernier, en effet, arrivé au campus d’Abomey Calavi, la plus grande université du  Bénin, le candidat du chef de l’Etat a été chassé. Il s’était alors retrouvé dans l’impossibilité de tenir son meeting sur le campus. C’est un fait dont il faut tenir compte. L’université, c’est le plus haut lieu du savoir. Ceci signifie que l’intelligentsia du pays ne veut pas de ce candidat. Certainement que Lionel Henri Louis ZINSOU lui-même a déjà tiré les leçons. Accepterait-il travailler avec des gens qui le réprouvent et qu’il ne connait pas de surcroit ?

 

Blaise TRINNOU, Cotonou, Bénin

 

 

 


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