BENIN, REFORMES : TALON PATAUGE A VUE

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Patrice Talon a promis, lors de la campagne de mener de grandes réformes au service du renforcement de l’Etat de droit et de la démocratie. Quelques semaines après son investiture, il a mis sur pieds la commission qui doit s’en occuper. Sauf que pléthorique, elle est présidée par son ministre de la justice qui en est aussi l’autorité de tutelle. Comme s’il s’agit d’une mise en scène dont les issues sont déjà connues par un homme qui sait, mieux que quiconque, tirer les ficelles.

A priori ses idées sont bonnes sinon idéales. Il veut une administration plus fluide, plus forte et plus efficace. C’est le rêve de tous les Béninois. Il veut des institutions fortes, notamment la cour constitutionnelle, la haute cour de justice, la HAAC (Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication). Il veut que le mérite soit de règle dans la vie des Béninois et renforcer la lutte contre la corruption par le renforcement du mécanisme de répression du mal qui mine notre pays depuis son indépendance. Il veut une constitution moderne, avec plus de pouvoir au parlement sans pour autant changer de régime, ce qui apparaît comme une contradiction, d’autant que Talon a commencé son mandat par quelques coups suspects sur la filière coton. Aux vues de tout cela, il y a de quoi se poser des questions. Soit le chef de l’Etat sait où il va et veut dribbler tout le monde, soit il met en place un processus de réforme qu’il pourra étouffer pour qu’il n’aboutisse pas, soit il patauge sans savoir réellement où il va.

Un passe-temps pour un objectif connu d’avance ?

Lorsque le président Patrice Talon annonçait qu’il ferait un seul et unique mandat et consacrer ce mandat à des réformes politiques et institutionnelles, nombreux sont les béninois qui ont applaudit cette volonté du chantre du nouveau départ de redonner espoir à ce peuple qui  espère une autre façon de gouverner. Après un mois de gouvernance, le constat est qu’il est venu pour régler ses comptes personnels en récupérant tout ce que son prédécesseur lui avait arraché. Les  conseils des ministres tenus les 23 et 28 avril et le 04 mai dernier illustrent bien cet état chose. Pendant que  la population subit les affres d’un délestage sauvage, l’administration quasiment bloquée faute des nominations, des milliers de jeunes dans le désarroi total après la suspension des différents concours, lui il profite pour rebâtir son empire industriel.  Et c’est dans ces conditions ; alors que bon nombre de citoyens s’interrogent sur ce qui justifierait l’écart entre les promesses et la gestion au sommet de l’Etat, le président de la rupture a choisi se rattraper en honorant une promesse faite et inscrite dans son projet de société  lors des campagnes présidentielles. Celle liée aux réformes politiques et institutionnelles. Et pour y arriver, une commission dite de 30 membres a été constituée et installée. Mais en réalité elle est composée de 35 membres selon le décret qui l’institue en lieu et place des trente annoncés et comporte majoritairement des griots du régime de la rupture. Que tente- on de cacher au peuple ? Contrairement à la mission officiellement assignée à cette commission dite réformes, quels sont les non- dits ? Pendant que plus d’un des béninois doute de la sincérité de cette réforme, on note une forte représentation des proche du chef l’Etat ; ce qui apporte de l’eau au moulin de ces derniers. A l’analyse, on se rend compte que cette forte représentativité des disciples du chantre de la rupture ne vise rien d’autre que d’imposer sa volonté lors des travaux de cette commission. De plus la composition et la qualité de certaines personnes membres de cette commission laissent penser que cette une commission taillée sur mesure. Si non comment expliquer le fait que toutes les franges de la société ne soit pas représentée au sein de cette commission pendant d’autres sont en surnombre? Joseph Djogbénou, avocat personnel du chef de l’Etat, Ministre de la justice et Garde des sceaux à la présidence de cette commission alors que des cadres plus expérimentés, bien affûtés et plus ou moins neutre sont dans ladite commission. Une situation suspecte n’est pas ? A voir le nombre d’adeptes du président Talon membres de cette commission, il  parait clair que rien de sérieux ne pourrait être obtenu si la minorité n’y prend pas garde.

Une commission estropiée pour fragiliser les prérogatives du chef dans un régime présidentiel !

La  nature et qualité de plusieurs membres de la commission chargée des réformes politiques et  institutionnelles installée par le chef de l’Etat fait penser à une commission éclopée (parce que ne prenant pas en compte toutes les composantes  de la société béninoise), même si l’on tente de justifier l’injustifiable depuis que le débat s’est instauré. En parcourant quelques lignes des missions confiées à cette commission, on se rend compte qu’à terme cette commission va proposer des textes visant à fragiliser les prérogatives du chef de l’Etat malgré le type de régime que le peuple béninois  s’est librement donné. En parcourant par exemple le point relatif au I des sujets soumis à l’examen de la commission où on parle de:  » Restaurer l’équilibre positif et constructif des pouvoir au sein de l’Etat’’ En ce qui concerne le président de la République, la réforme soumise à la commission vise à : instaurer un mandat unique. Dans cette hypothèse, la commission proposera la durée du mandat ; établir des règles d’organisation du pouvoir exécutif en introduisant dans la constitution le principe d’une loi organique ; modifier l’article 44 de la constitution sur les conditions de recevabilité de la candidature en y excluant la candidature de tout ancien président de la République…. On note que, si cette proposition était maintenue à l’Etat, elle va arracher au président de la République une bonne partie de ses prérogatives. Le chef de l’Etat ne sera plus grand-chose devant les institutions de la République et toute la classe politique. Il sera complètement affaibli au point de devenir un citoyen lambda alors que nous sommes dans un régime présidentiel. Est- ce dont le Bénin  a besoin aujourd’hui pour régler ses problèmes de désert de compétence, réformes structurelles et surtout des nombreux défis qui attendent le régime de nouveau départ ?   Vivement que les uns et les autres prennent la mesure des choses si nous ne voulons pas  être rattrapé devant l’histoire. Parlant des réformes proposées au niveau de la Cour Constitutionnelle et de la Cour Suprême ; pourquoi de telles réformes ? Est-ce des nécessités ? Que reproche-t-on  à ces institutions qui continuent par faire la fierté des béninois ? L’idéal aurait été de présenter la situation générale, les lacunes notées dans le fonctionnement de ces institutions avant les réformes proposées. La modification de la structure de ces institutions telle que proposée parait juste et cacherait bien de choses. Même si tout le monde aujourd’hui est d’accord sur la nécessité d’opérer des réformes dans notre loi fondamentale, il faut partir sur des bases précises avec une large concertation de tout le monde avant la proposition d’un projet tel que ça se passe aujourd’hui. Il ne se sert à rien de se lancer dans une course contre la montre surtout que c’est connu de tous que le président Talon après ce quinquennat n’est plus candidat en 2021. Ne pas prendre en compte ces paramètres pourrait nous amener dans des situations de mise en cause desdites réformes par d’autres régimes.

 

Léonel EBO, Cotonou, Bénin

Article paru dans le Journal Tribune d’Afrique n°113 du 18 mai 2016

 


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