Bénin/Vote du budget 2017 : Les secrets de l’unanimité

Le gouvernement  de la rupture du président Patrice Talon dispose son budget général de l’Etat, gestion 2017 depuis jeudi 15 décembre 2016. Une première depuis ces dix dernières années au regard du délai, de  l’empressement et surtout l’engouement des députés aussi bien de la mouvance que des caciques l’opposition à voter à l’unanimité ce premier projet du budget général de l’Etat sous l’ère du nouveau départ. Une investigation menée révèle beaucoup de non- dits contrairement aux explications avancées par certains députés lors du vote intervenu le 15 décembre dernier.   

D’un montant de 2 010 milliards 586 millions de francs, ce budget général de l’Etat, gestion 2017 s’équilibre en dépenses comme en recettes. Il s’agit d’un budget  nettement en hausse comparativement à celui de l’année 2016 qui était de 1 423 milliards 487 millions. De sources parlementaires, les députés la commission budgétaire ont lors de l’étude de ce budget en commission formulé plusieurs recommandations et amendements. Selon les mêmes sources,  certaines de ses recommandations sont d’ordre général et d’autres d’ordre spécifiques. De façon générale, les députés souhaitent le retrait des universités et écoles supérieures privées, l’autorisation de l’enseignement libre des filières sensibles relevant du domaine régalien de l’Etat telles que la santé, la diplomatie, l’administration des impôts, les finances publiques, etc. Aussi, recommandent-ils la mise à disposition de la Représentation nationale du PAG (Programme d’Action du Gouvernement) pour le quinquennat 2017- 2021. Ils recommandent que les dispositions nécessaires soient prises pour une gestion rigoureuse de l’entretien des infrastructures routières et des pistes rurales. Dans les recommandations des députés figurent la prise des dispositions idoines par l’exécutif pour l’amélioration de la qualité des dépenses infrastructurelles à réaliser. Plusieurs autres recommandations sont aussi formulées par les députés en dehors de celles citées ci-dessous. De façon générale, le rapport présenté par la commission budgétaire prend en compte l’ensemble des observations enregistrées par les membres de la commission budgétaire lors du passage des membres du gouvernement, les présidents des institutions, les organisations de la société civile, etc.

  • Des efforts soulignés

Une lecture minutieuse du document soumis à l’attention des députés montre que ledit projet comporte aussi bien des innovations que des  mesures fiscales comparativement au budget en cours. Entre autres innovation, la commission des finances et des échanges de l’Assemblée nationale a eu l’occasion d’examiner pour la première fois,  le document de programmation économique et budgétaire pluriannuel (DPBEP). Les dispositions de l’article 49 de la LOLF ont été respectées quant à la production des tableaux matriciels croisés.  De même, l’appréciation des dépenses par fonction est faite dans ce budget en suivant la classification du Fonds Monétaire International. Plus concrètement, la loi des finances gestion 2017 prévoit 800 milliards de francs Cfa pour les investissements.  Ce qui représente une hausse de 190% en investissement comparativement au budget de 2016. A la lecture du document présenté, il s’agit des investissements qui  ont impactés  la plupart des secteurs névralgiques du pays. Ainsi, le tourisme, l’agriculture, les infrastructures et transports, le numérique, le cadre de vie, l’énergie et l’eau, la culture seront positivement impactés par cet investissement. D’un autre côté, ce projet de budget comporte un paquet de reformes et d’actions pour la consolidation de la démocratie et le renforcement de l’indépendance de la justice. Même si les députés justifient leur enthousiasme à voter ce budget par la prise en compte de la majorité de leurs amendements et recommandations  en commission par le gouvernement, notamment 40 amendements sur les 52 formulés ; il faut remarquer que ce n’est que l’autre face de l’iceberg.

  • Les vraies raisons du vote à l’unanimité par les députés

Contrairement à ce qui est distillé dans l’opinion pour expliquer le choix des députés, il faut dire que les vraies raisons de l’empressement noté au sujet de ce vote intervenu dans la nuit du jeudi dernier du côté du palais des gouverneurs à Porto-Novo sont ailleurs. Si non, comment comprendre le silence des députés face à la portion congrue  réservée au volet social  dans ce budget de l’Etat gestion 2017. De plus  qu’un député de l’alliance Fcbe, en la personne de Benoît Dègla (opposition) affirme : « … on ne peut pas être pauvre et être de l’opposition, on ne peut pas avoir besoin de tout et faire l’opposition… » De graves propos; à la limite des bêtises, un raisonnement tordu. On peut être pauvre et rester digne, on peut également être pauvre, avoir besoin de tout et bien faire l’opposition. A moins que ce député soit sur une planète autre que la notre. Le mieux pour ce député serait de se taire s’il n’a rien de sérieux à dire. Ces propos démontrent que beaucoup de choses se sont passées dans les coulisses. A analyser les explications de vote de plusieurs de ces députés de l’opposition, on constate que beaucoup de  choses ont changé dans leurs attitudes par rapport au début de l’avènement du régime de la rupture et après huit mois de gestion. Le consensus observé autour du vote n’est rien d’autre que la satisfaction des uns et des autres après l’encaissement du pactole mis à contribution pour obtenir leur adhésion massive pour ce vote. Ce n’est pas le fait de recourir à cette vieille pratique qu’on observe à l’occasion session budgétaire et surtout le jour le vote du rapport général qui est le problème. Mais plutôt le fait que ce soit un régime qui prône la rupture qui en utilise qui gêne. Maintenant que le budget est voté, vivement que le gouvernement  passe du rêve à la réalité car ce pas parce que l’on a des ambitions pour son pays qu’il faut refuser d’ouvrir les yeux et voir la réalité en face. Dans ce même pays, l’expérience montre qu’aucun de tous les présidents qui se sont succédé depuis le renouveau démocratique n’est jamais parvenu à mobiliser à 90% les ressources prévues dans la loi des finances. Passé de 1423 milliards 847millions en 2016 à plus de 2010 milliards en 2017 paraît une ambition un peu exagéré pour ne pas dire sur réaliste.

 

Léonel EBO, Cotonou, Bénin

 

 


Commentaire

commentaire

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

}