PRESIDENTIELLE 2016 : Grand rebond de destin pour Gbian Robert !

Une candidature annoncée très tôt et qui fait son chemin, entre pessimisme et soudains rebonds. La désintégration de l’Union fait la Nation, la candidature de Patrice Talon, la prise en otage de la candidature unique des Fcbe entre Abiola et Bako, tout renforce la candidature de Robert Gbian, venue de si loin. Et comme aucun coup de chance ne vient seul, une rencontre avec Yayi Boni qui précède la grande tournée en cours. Décryptage !

Vendredi 6 novembre 2015. Le président Yayi Boni a l’air plus détendu que d’habitude. Son cabinet prépare minutieusement une rencontre que chacune des deux parties attendait depuis très longtemps. « Yayi Bonin n’a jamais supporté le départ de Robert Gbian » a confié un proche du chef  de l’état béninois  à Afrikaexpress/Tribune d’Afrique pour qui, « les deux hommes ont souvent eu des approches similaires sur les grands sujets » et le président de la République a toujours été sensible « au pragmatisme et à l’esprit d’ouverture du Général ». Une chose est certaine, le moment a été attendu des deux côtés. La rencontre, stratégique, relance le débat d’autant qu’aucun communiqué n’a été publié bien que la présidence ait insisté pour que la télévision nationale en fasse cas. Une mise en scène d’état qui cache des dessous au sommet de l’état d’autant que le lendemain, le 2 ème vice-président du parlement béninois lancera une grande tournée qui embrasse toute la partie septentrionale, sinon presque.

Le label Gbian, entre tactiques militaires et subtilités politiques

 C’est à la surprise de l’opinion nationale que le 2 eme vice-président de l’assemblée nationale si attaché à la promotion de la bonne gouvernance et de la démocratie a voté contre la levée d’immunité de Barthélémy Kassa, dans l’affaire PPEA II. Dans la foulée des attaques, il mue en mutisme et évite toute communication sur le sujet. Dans son entourage, il fuite ses motivations, « ne pas accabler un parlementaire » qui, sans cette levée, devrait pouvoir être écoutée par le juge si la justice le souhaite. Il s’agit pour ce militaire patriotique de protéger un élu de relents d’ingérence pour ne pas plaire à un pays étranger « fut-il stratégique partenaire ». Il ira d’ailleurs plus loin en prônant des réformes de la Haute Cour de Justice pour éviter qu’elle ne puisse pas être plus souple dans le sens de l’efficacité. « Pourquoi la haute cour de justice n’arrive au bout d’aucune affaire ? » se demande GGR qui entend assouplir, aussitôt qu’il le peut, les procédures de cette institution pour lui faciliter sa mission. Quoi de plus normal pour un homme pour qui « la bonne gouvernance est la base de l’Etat de droit ». Quelques heures après la libération d’Orou Se Guéné, Maire de Kalalé, dans le collimateur de la justice depuis quelques mois, il était à son domicile à Parakou Pour lui apporter sa compassion. Acte d’autant plus politique qu’il lui aurait déjà rendu visite en prison. Comme si, en apportant son attention à des personnes influentes dans leurs localités, il crée autour de sa candidature une chaine de grands électeurs qui, en leaders incontestables, impulseront au moment venu l’enthousiasme nécessaire aux populations locales. Au moins d’octobre (et ce n’est pas la première fois que cela arrive), il aurait reçu à son cabinet à Aïbatin à Cotonou, son frère-adversaire, Abdoulaye Bio Tchané pour un échange dont la teneur est restée secrète. Les deux hommes se parlent régulièrement et entretiennent des relations plus que « fraternelle » selon un proche de l’ancien ministre des finances. Ainsi et dans l’ombre de sa grande discrétion, le prince Wassangari multiplie de petits contacts subtiles avec des politiques aussi bien de l’opposition que de la majorité présidentielle et des leaders d’opinion, qu’ils soient artistes, acteurs de la société civile, journalistes, notables ou chefs traditionnels. Comme si sa campagne se joue sur une toile d’araignée de points forts éparpillés sur toute l’étendue du territoire.

Il a ainsi réussi, s’il n’a pas tout le nord avec lui, à n’avoir personne contre lui. Sa stratégie n’est pas qu’un ensemble de subtilités politiques entre ruse et calculs, c’est aussi une grande tactique militaire dont il a le secret. « Ne jamais avoir des ennemis là où un ami sera utile ». Une vieille stratégie de guerre vite transportée sur le marché politique et dont il entretient le secret et les mystères.

Avec Yayi Boni, un rapprochement anodin ?

S’il a rempli la démarche protocolaire de demander une audience à Yayi Boni, des discussions préliminaires par divers intermédiaires ont précédé cette rencontre en aplanissant le terrain des différends. Mais c’est aussi parce que les deux hommes ont chacun besoin de l’autre. L’ancien directeur du cabinet militaire de la présidence pour « ne pas avoir Yayi contre lui en pleine campagne », et le président de la République pour multiplier les cordes à son arc. « Il ne sert à rien d’avoir qui que ce soit contre lui » murmure sans cesse le général Gbian à son entourage, encore moins un président de la République sortant. Cela est d’autant plus vrai que Yayi Boni n’a encore annoncé aucun jeu clair dans le choix de la candidature unique de la majorité ni même dans sa stratégie de soutien d’autant qu’il pourrait avoir, autour de lui, une multitude de candidatures dont plusieurs aient son assentiment pour le premier tour. Comme tenu de l’extension du phénomène GGR dans le septentrion, fief traditionnel des Fcbe, l’un pourrait, à tout moment, avoir besoin de l’autre. Face à la menace de la candidature de Patrice Talon, ennemi juré du président Yayi Boni, il n’est pas écarté qu’un rapprochement vise des garanties pour le président sortant après la fin de son mandat. Et ceci au cas où Robert Gbian dont « Yayi Boni prend la candidature très au sérieux » selon plusieurs sources concordantes, serait à la Marina. C’est loin d’être le cas en ce moment, mais l’ancien ministre des finances de l’armée n’a jamais été aussi proche de prendre en contrôle la grande majorité du nord du pays d’où il est originaire. « Il n’est pas aussi écarté que GGR soit directement ou indirectement soutenu par le président de la République » selon un ministre en exercice, d’autant que malgré le nombre réduit, 3, de candidats à la candidature au sein de la majorité, il y a des raisons de craindre des dissidences d’autant que plusieurs membres ont déjà annoncé des candidatures solitaires. Cet état de choses devrait fragiliser l’union au sein des Fcbe et remettre en selle, à un niveau plus élevé, le général qui, jusqu’alors, a toujours du mal à compter sur des poches d’électeurs au sud du pays. Yayi Boni et Robert Gbian peuvent aussi être dans une perspective de soutien au second tour. Le président sortant pourrait soutenir plusieurs candidats au premier tour pour les mobiliser autour d’un seul au second tour. Cette hypothèse est d’autant plus crédible que la fragmentation de l’électorat sudiste, la probabilité de plusieurs candidats de la majorité présidentielle, la mise en difficulté de Talon par la candidature annoncée de Ajavon (tous deux grands opérateurs économiques), le nombre sans cesse croissant de candidatures, notamment dans la partie méridionale du pays, tout se passe bien pour renforcer les chances de l’ex général. Yayi Boni ne peut plus qu’e tenir compte dans sa stratégie globale d’organiser sa succession.

Les chances se multiplient, les doutes aussi

Son système de campagne est sa principale force. La proximité. Pendant que la pré-campagne n’est pas encore effective dans les autres états-majors. Gbian est actif sur le terrain, multipliant sorties et rencontres de proximité, notamment dans le nord du pays. L’enthousiasme créé par sa tournée en cours, la mobilisation ressentie à chaque étape et sa large avance sur ses concurrents de la même zone lui sont favorables. D’autant que si Fcbe choisit un candidat qui n’est pas originaire du nord, il sera victime du vote de sang, très répandu dans cette partie du pays où « on ne vote que pour son frère ». Ce vote de sang ne peut profiter qu’à GGR. Alors que Kassa, compte tenu du scandale de détournement présumé qu’il traîne devrait faire long feu avec sa candidature aux primaires, retenir François Abiola, c’est provoqué un vote de sang et surtout, révolter des populations du nord contre Yayi Boni qui a bénéficié, grâce à l’origine bariba de sa mère, de leur fidélité électoraliste pendant toute la décennie qu’il a passée au pouvoir. Il ne restera, dans ce cas, que Bako Arifari. L’ancien ministre des affaires étrangères qui ne fait pas l’unanimité au sein de la majorité présidentielle sera malmené par un autre handicap, son origine. Venant d’une ethnie minoritaire et n’appartenant à aucun des deux grands groupes du septentrion, dendi ( Alibori-Donga) et bariba (Atacora-borgou), il aura du mal à mobiliser de grandes collectivités et groupes familiaux d’autant que Abdoulaye Bio Tchané (dendi) et Robert Gbian (bariba) sont tous deux candidats. Cette situation réduisant les chances de réussir de Bako, Yayi Boni hésite à le soutenir comme « son » candidat. Alors que tous les observateurs sont d’avis que toute victoire passe par le soutien du Prd de Adrien Houngbédji qui a dispose, selon les expressions du sociologue Bako Arifari, « d’un électorat captif », la candidature d’Abiola est encore plus improbable pour la victoire d’autant qu’il entretient avec l’Emir de l’Ouemé des relations moins que « cordiales ». « Houngbédji ne l’aime pas tout court » conclut un député Prd qui ne trouve « aucun mal » à soutenir Gbian d’autant qu’il  » a aidé à la victoire du président au perchoir du parlement » comme si en politique, on n’est pas qu’ingrat.

Mais tous ces atouts ne suffiront que s’ils sont accompagnés d’un sursaut  national. C’est ce à quoi se prépare GGR qui entame bientôt une grande tournée nationale après avoir fait du sud une priorité. Vers fin octobre, il avait été accueilli en pompe dans le sud-est du Zou. Dans le contexte actuel, difficile d’être élu sans le soutien de Yayi Boni.

 

Source: Afrikaexpress/Tribune d’Afrique


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