VATICAN : Pourquoi le pape François n’ira plus en RDC

L’Evêque de Rome l’a annoncé lui-même, il ne se rendra plus à Kinshasa. Une décision qu’il lie à Kabila avec qui, selon le pape, « ça ne va pas ». Si l’enlisement du processus de transition présidé par l’église catholique et les attaques contre plusieurs édifices religieux dans le pays en sont les principales raisons, la plus grande motivation du pape serait de pousser à la mise en application de l’accord du 31 décembre dernier. Explications.

En République Démocratique du Congo (RDC), l’Eglise catholique est en terre conquise, ou presque. C’est près de 40 millions de personnes (soit la moitié de la population presque) qui pratiquent de façon plus ou moins régulière le catholicisme. L’Eglise détient plus de 60% des écoles et universités, presque autant d’hôpitaux et est propriétaires de grandes entreprises dans tous les domaines. Elle emploie presque autant que la fonction publique et fière de ses 47 diocèses dont 6 archidiocèses, elle est une institution dans un Etat qui en compte peu de fiables. Elle a résisté à Mobutu, a combattu Laurent Désiré Kabila et reste le principal rempart contre les dérives de Joseph, le fils Kabila. Son patriarche, le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya est la principale bête noire du Président de la République qui a criant qu’il lui succède. Jouissant d’une autorité incontestée, il a dû rassurer qu’il n’était pas intéressé par « le pouvoir temporel ».

Le Pape l’annonce lui-même

C’est la première fois que le Pape annonce lui-même qu’il annule un voyage, notamment à Kinshasa. Il a choisi pour l’annoncer, une interview, pratique rarissime si ce n’est exceptionnelle dans ce monde de protocoles où la voie normale voudrait que ce soit par communiqué pondu par le Bureau de presse du plus petit Etat du monde. Mais en accordant un entretien au journal allemand, Die Zeit, le Pape a été, on ne peut plus clair  » avec Kabila, cela ne va pas, je ne crois pas que je puisse y aller ». Il était prévu qu’il se rende dans les 2 Congo(s), peut-être ira-t-il à Brazzaville, en tout cas, l’ambassadeur de l’autre Congo a demandé à s’entretenir avec le Saint-Père, pour qui il apporte un message de Denis Sassou Nguesso. Une chose est certaine, le Pape se rendra, pour cette 2e visite en Afrique, au Soudan du Sud où il dira une grande messe à Jouba, la capitale du plus jeune Etat. Très diplomatique, le chef de l’Eglise n’a pas voulu être trop catégorique. En disant « je ne crois pas que je puisse y aller » au lieu de « je ne vais plus y aller », le successeur de Pierre laisse une possibilité de s’y rendre. Suscitant ainsi des discussions avec Kinshasa. Car le pape sait qu’il reste l’une des rares personnalités à pouvoir influencer l’opinion dans un pays qui compte 4500 prêtres, 8000 religieuses, plus de 10.000 écoles et 2600 instituts caritatifs. Elle n’est autant présente, avec une telle complexe ramifications, dans aucun pays africain.

De frustrations en crispations…

Les relations entre les deux chefs d’Etat (François et Kabila) étaient au bas mot, tendues. En Septembre dernier, alors qu’il faisait une visite au Saint-Siège, le Pape n’a pas voulu aller « saluer son hôte sur le seuil de la Bibliothèque », pratique protocolaire pour « les amis du souverain pontife et les chefs d’Etat amis ». Kinshasa a interprété cela comme une humiliation d’autant que des discussions étaient déjà en cours pour que les évêques président le dialogue inter-congolais et que Kabila avait dit à Mgr Luis Mariano Montemayor, ambassadeur du Vatican en RDC, combien, il a « du respect et de l’admiration pour le Pape », combien il « l’aime si profondément ». Quelques semaines après, au cours du second dialogue qui aboutira à l’accord du 31 décembre 2016, le président congolais aurait tant voulu « garder le contact avec le Pape », il n’en sera rien, le pontife préfère que l’intermédiaire unique soit le Nonce apostolique. Lors de l’Angelus (rendez-vous hebdomadaire de tous les mercredis au cours duquel le Pape évoque l’actualité politique dans le monde) du 18 décembre 2016, le Pape évoque la situation en RDC et dit craindre « tout type de violence » tout en appelant le gouvernement à ses responsabilités. « Pourquoi pas l’opposition ? » se demande le porte-parole de l’exécutif à Kinshasa, Lambert Mendé. Le lendemain, en plein dialogue, l’Eglise catholique demande une suspension et le Chef de l’Eglise reçoit une délégation d’évêques congolais à Rome. Kabila craint une implication personnelle du Pape et une pression internationale orchestrée par la diplomatie vaticane. Depuis, le Pape estime que le processus n’avance pas et pour l’Eglise, les premiers responsables sont du côté de la majorité présidentielle. Pis encore, au mois de février dernier, des attaques se sont multipliées contre des églises catholiques dans toute la République Démocratique du Congo. « C’est la provocation de trop » pour le Vatican qui y voit la main invisible du pouvoir.

Annulation comme pression

Cette annulation est perçue par les observateurs de part et d’autre comme une pression. D’autant que Kinshasa soupçonne le cardinal Laurent Monsengwo Pasinya d’être à la manœuvre.  Malgré ses 78 printemps, cet ancien archevêque de Kinshasa est membre influent du G9, le groupement de 9 cardinaux de tous les continents qui assistent le pape dans ses grandes décisions. Mgr Marcel Utembi Tapa, qui a remplacé le cardinal en 2007 à la tête de l’archevêque de Kisangani et qui a présidé le dialogue n’a aussi jamais écarté que le voyage apostolique soit utilisé comme un moyen de pression. En février, il a été reçu à Rome pour évoquer l’enlisement de la situation depuis la mort de l’opposant historique, Etienne Titsekedi. Il pourrait avoir orienté le vicaire du Christ dans sa décision. Il ne faut pas aussi perdre de vue que, protestant évangéliste, le président congolais est entouré de réseaux chrétiens qui combattent l’influence de l’Eglise catholique qui les irrite. Mais compte tenu de la notoriété du pape argentin et de l’influence de l’église catholique locale de même que celle de la diplomatie du Vatican, Joseph Kabila finira pas tenir compte des prises de positions du pape pour qui, les attaques contre des églises en RDC constituent « une profanation du corps du Christ ».

 

MAX-SAVI Carmel, Afrikainter

 

 


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